Le message de Patrick Devedjian

NOTRE PROJET :

UNE FONDATION POUR LES GENERATIONS FUTURES

 

L’histoire de la Diaspora arménienne est celle d’une longue marche vers la renaissance. Ce peuple dont il ne restait en 1915 qu’une poignée d’orphelins perdus dans les déserts de Syrie a aujourd’hui un Etat indépendant et démocratique, des organisations de solidarité exemplaires et puissantes à travers le monde, des artistes, des sportifs et des intellectuels mondialement reconnus. De cet acharnement à survivre et à exceller, Charles Aznavour en est à jamais l’incarnation. En perpétrant le Génocide de 1915, les Jeunes-Turcs voulaient détruire un peuple. Ils ne savaient pas qu’il lui donnait un destin.

De cette obstination à surmonter les vicissitudes de l’Histoire, le Collège de Sèvres est un des premiers symboles. Créé en France en 1846, dans le Quartier Latin par les Pères Mekhitaristes de Venise, il s’implanta en 1929 à Sèvres, sur les bords de la Seine, dans l’ancien domaine du baron Louis Bâcler d’Albe, cartographe de Napoléon. Le Collège est ainsi la plus ancienne institution académique arménienne en Diaspora. Et ce n’est pas un hasard si cette institution plus que séculaire, dédiée au savoir, à l’histoire et à la culture, a vu le jour en France, cette France où notre génération, formée par les Pères de Venise et héritière de leur mission, veut perpétuer, pour les générations futures, l’œuvre déjà accomplie. .

Car c’est là notre projet. Continuer avec eux l’œuvre des Pères fondateurs, en offrant aux générations futures, aux étudiants de tous les domaines, aux chercheurs, aux écrivains de tous les horizons, un lieu d’où on accèdera aux  documents, archives et preuves du Génocide de 1915, où qu’ils soient dans le monde, et qui aidera à la publication des ouvrages qui en naîtront. Contrairement à ce que disait Hitler le 22 août 1939 avant le début de l’Holocauste, le Génocide des Arméniens ne sera pas oublié.

Le XXème siècle a connu deux crimes contre l’Humanité, celui des Juifs et celui des Arméniens. L’Holocauste des Juifs a son Mémorial de la Shoah, le Génocide des Arméniens aura son Mémorial du Génocide de 1915. Ces deux institutions, centres de documentation et de diffusion de la vérité et de  l’Histoire, sont et seront un démenti vivant à tous ceux qui espèrent parachever leur crime par le négationnisme d’Etat.

Mais une œuvre de mémoire n’est rien sans des femmes et des hommes pour s’en souvenir. Dès le XVIIIe siècle, en un temps où l’Empire ottoman cherchait déjà à effacer son identité, les Pères Mekhitaristes avaient compris que l’existence de la nation arménienne dépendait de la préservation de sa langue et de sa culture. Autant qu’un instrument de savoir, l’Ecole était le refuge et le conservatoire de son existence. Aujourd’hui, dans un monde où les particularités qui font la richesse des individus et des nations s’effacent au profit d’une uniformité sans visage, il devient essentiel de préserver cette identité d’origine, parce qu’outre notre propre personnalité, elle enrichit la société où l’on vit par les valeurs qu’elle y apporte et qu’elle y cultive. C’est pourquoi, aux côtés d’un Mémorial du Génocide, le site de Sèvres comportera une école, car le souvenir du passé n’est rien sans une vision de l’avenir.

Cet avenir, c’est aussi celui des jeunes étudiants venus de l’étranger, qui viennent en France respirer l’air de la liberté. Car la Diaspora arménienne n’est pas seulement implantées dans des pays en paix, tolérants et laïcs. Nombre de ses membres, parce qu’ils sont arméniens et chrétiens, n’ont souvent pas de place, et encore moins d’avenir, dans ce Moyen-Orient de plus en plus chaotique, intolérant et dangereux. Cela aussi, les Pères fondateurs, qui avaient créé leur Collège en France pour y accueillir des étudiants venus de l’Empire ottoman, l’avaient compris. Continuer leur œuvre, c’est compter parmi nos devoirs l’accueil et l’aide à ceux que le fanatisme religieux a rendu étranger à leur propre pays.

Lieu de mémoire, lieu de savoir et de solidarité, le Collège arménien de Sèvres sera aussi un lieu de vie. Durant ses multiples exodes, l’identité des Arméniens s’est forgée par l’entraide, la convivialité et le partage.  Longtemps le site du Collège a abrité des rassemblements associatifs, des fêtes et des kermesses au profit des œuvres culturelles ou caritatives, et plus récemment en faveur de l’Arménie et de l’Artsakh. Notre projet est d’aménager le site de manière à ce qu’il redevienne ce qu’il a toujours été, un lieu de rencontre, de festivité et de fraternité.

L’esprit de ce Mémorial s’est perpétué jusqu’à nous parce que, des générations durant, des mécènes, des intellectuels, des hommes d’église, dont les Pères Mekhitaristes, ont consacré leur vie à servir leur nation dispersée. Perpétuer leur œuvre, c’est perpétuer leur présence parmi nous. Ce Mémorial est l’œuvre qu’ont préparée et voulue ces fidèles gardiens de notre identité. Ce Mémorial sera l’héritage qu’ils nous ont légué. Il nous revient de le transmettre et de le perpétuer avec eux sous la forme d’une fondation pour les générations futures.

Janvier 2020

Patrick Devedjian (     28 mars 2020)